Gérard Noiriel Qu’est-ce qu’une nation ?

Cet ouvrage a le mérite d’être à la fois un travail condensé (105 pages), clair, et cependant nullement simpliste, laissant pressentir à chaque ligne le grand savoir qui le porte ; et néanmoins un travail qui ne recule pas devant l’actualité, s’engageant courageusement par rapport à l’événement – en l’occurrence les attentats de janvier 2015.

Ne pouvant pas ici entrer comme il le faudrait dans les nuances de la définition de la nation depuis la Révolution, je dirai seulement que pour Noiriel la nation universalise, mais en oubliant les personnes réelles au bénéfice de la personne imaginaire par quoi elle veut se définir. Les événements de janvier répondent à cette difficulté, acclimatant au thème de la République les données actuelles de la société : mais les difficultés surgies avec la nation demeurent, de sorte que la République semble à Noiriel davantage l’expression de l’antinomie persistante entre l’universel fantasmé et les individus réels que la solution de cette antinomie.

Je risquerai une critique sur ce livre si stimulant. Noiriel se fait sociologue pour confronter le réel des individus aux symboles de l’histoire. Va-t-il de soi pourtant que la sociologie suffise à dire le réel ? Pour étayer cette question observons seulement le sort fait à l’antisémitisme, Noiriel se demandant si les Musulmans n’ont pas remplacé aujourd’hui les Juifs dans le rôle du paria. La question choque, et son inconsistance apparaît justement sur l’exemple qui a motivé cet ouvrage : car n’y allait-il pas avec les attentats de janvier précisément de cet antisémitisme fantasmé à la dimension de la société entière, ce dont Noiriel ne dit ici mot, et dont sans doute aucune sociologie ne rendra jamais compte.

Petites colonnes

Gérard Noiriel est directeur d’études à l’EHESS, auteur de nombreux ouvrages, tous proches des centres d’intérêt de la Licra. Je signalerai Le creuset français 1988, Points, et Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXème – XXème siècle) : discours publics, humiliations privées Fayard 2007. Enfin il faut relever la dimension militante du travail de Gérard Noiriel, ses engagements pour le droit d’asile, pour l’éducation populaire, par le théâtre notamment ainsi qu’en atteste son très singulier Chocolat clown nègre. L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française. Bayard 2012 : travail ayant donné lieu à de nombreuses représentations dans des écoles.

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