Quant au Panthéon

Pauvres rois, pharaons, pauvre Napoléon !

Pauvres grands disparus gisant au Panthéon !

Pauvres cendres de conséquence !

Vous envierez un peu l’éternel estivant,

Qui fait du pédalo sur la vague en rêvant,

Qui passe sa mort en vacances.

Le Panthéon, dans mon imaginaire, c’est également Brassens. Et n’a-t-on pas intérêt, en toutes circonstances, toujours, à fredonner Brassens (aurait-il voulu d’ailleurs, lui, être au Panthéon ?) lui dont – déférence gardée envers André Malraux – inimitable, et qui parle comme la bouche d’ombre de Hugo – les cendres de « Hugo avec Les Misérables » – le Panthéon personnel de la plage de Sète est aussi français que le sien du bout de la rue Soufflot.

A lire la presse, à consulter wikipédia, il y a 71 grands hommes (dont un Noir, et à présent quelques femmes) envers qui  la patrie est reconnaissante – l’inscription « aux grands hommes la patrie reconnaissante » –  qui reposent, depuis 1791 au Panthéon, et dont la plupart sont à peu près complètement oubliés. N’est-ce pas dérisoire, et l’on évoquera l’Ecclésiaste ou Bossuet, le « Vanitas vanitatum ». Ou Malherbe dont la Consolation à Du Périer interpelle, avec bien moins de drôlerie que Brassens (ou avec une involontaire drôlerie, mais dans la version de Gérard Philippe – autre grand homme ! – ça reste admirable : cherchez sur google) la mort égalisatrice :

Le pauvre en sa cabane, où le chaume le couvre

Est sujet à ses lois

Et la garde qui veille aux barrières du Louvre

N’en défend point nos rois

A quoi bon dès lors le Panthéon ? Est-ce désuet, suranné, grotesque ou grandiloquent, instrumentalisable et instrumentalisé (De Gaulle et Malraux en 64, après la crise algérienne, pour asseoir le gaullisme, Mitterrand, en 81 pour imiter De Gaulle, Chirac, Sarkozy, Hollande…) ? Tout cela sans doute. Mais aussi, quelque chose de vrai, de plus, en supplément de tout cela qui est faux, un « supplément d’âme » – je cite là Bergson, justement parce que c’est chez Bergson que se trouve ce qui peut donner à croire au Panthéon, à la façon dont on aime croire à ses rêves : ce que Bergson désigne, au début de ce dernier livre de 1932, Les deux sources de la morale et de la religion, par l’expression d’appel du héros.

Autrement dit il n’y aura pas de morale, il n’y aura pas de principes, il n’y aura pas non plus de nation (et à l’heure de la mondialisation on peut légitimement douter que la nation demeure, portée par le cri de Kellermann à Valmy – « vive la Nation ») il n’y aura nulle identité, qui ne soient incarnés, portés par des figures exemplaires, « des grands hommes », lesquels en suscitant la « reconnaissance de la patrie », confèrent, et eux seulement, encore un peu de crédit ou de visibilité à l’idée de patrie. Le Panthéon, s’il conserve un sens en dépit de toutes les équivoques, veut dire cela.

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