« Affirmative action »

Par-delà tous les réflexes de prudence, toutes les réserves qui voudraient prendre en compte la « réalité », la dureté et la complexité des choses, la victoire d’Obama soulève l’enthousiasme, dans le monde entier : le sentiment que « ça y est », « it’s done » – que c’est  fait : mais quoi, qu’est-ce qui est fait ? Une alternative à l’administration Bush ? un changement de politique ? Peut-être, pourtant, sur ce point, l’horizon reste indéchiffrable, et personne ne se fait d’illusions quant aux lendemains qui chanteraient. Néanmoins, ce jour d’élection, impossible de ne pas sentir que, d’ores et déjà, c’est le présent qui chante, que c’est aujourd’hui demain, parce que ce matin, oui, Obama  est élu.

Ils ont osé, l’Amérique a osé ce qui n’avait jamais été fait, dans aucun pays occidental : un Noir est à la Maison blanche. Et c’est cela qui donne envie de crier de bonheur. Que s’est-il passé ? Dans le jargon américain d’aujourd’hui nous parlerons d’affirmative action.

« Affirmative action », action affirmative : on traduit, sans doute mal, par « discrimination positive ». Et pourtant Obama s’est bien gardé de situer sa campagne sur le terrain de l’antagonisme racial. Dans le désormais fameux discours du 18 mars 2008, à Philadelphie, il a au contraire récusé le racisme, tous les racismes : le racisme du racisme et le racisme de l’antiracisme, c’est-à-dire, par-delà les idéologies et les anathèmes, ce qui constitue le fond du racisme – la peur. La peur est humaine, certes,  et tout le monde a peur : on n’en finirait pas de décliner les bonnes ou les mauvaises raisons d’avoir peur, du présent et de l’avenir, dans un monde qui parce qu’il est celui de la mondialisation, n’offre pas de recours  – à moins que ce ne soient ces crispations identitaires qui, fantasmées,  sont très exactement congruentes au racisme. Et voilà que, par-delà les idéologies, candidat sans complexes et sans programme, Obama s’est avancé, sans ennemis, comme une force tranquille : sans peur et sans reproche – et qu’il l’a emporté parce que son affirmation, n’étant pas l’envers ou le prétexte d’une négation, était sans réserve. Yes, we can !

 Au début du siècle dernier, le philosophe Bergson avait parlé de « l’appel du héros et du saint » : Obama, sans doute ni héros ni  saint, l’a emporté, et son élection résonne dans le monde, et tout particulièrement dans la France d’aujourd’hui, comme cette affirmation exemplaire et sans réserve dont parlait Bergson (comme la « mystique », que le poète Péguy, admirateur lui-même de Bergson, opposait à la « politique »),  comme un appel. Et c’est peut-être cela qui, ce matin, enthousiasme.

Alain David

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