Respecter la présomption d’innocence. Mais…

Il faut respecter la présomption d’innocence. Mais l’événement rapporté mardi 22 janvier par Gilles Dupont dans le Bien Public mérite, sans porter atteinte à cette présomption, qu’on s’y arrête, vraiment, dans sa complexité, sans l’escamoter : Monsieur M – M. Innocent (quel prénom !) Musabyimana, alias Niyonsenga Ibrahim : appelons-le alors, pour simplifier, M. Innocent, puisqu’il se dit tel, qu’il n’est du reste pas mineur et que par conséquent son identité peut être révélée – M. Innocent, donc, n’a pas, comme le suggère l’article de Gilles Dupont, participé à une guerre civile qui aurait été le théâtre de massacres et d’atrocités entre Tutsi et Hutu,  il a, si les faits qui lui sont reprochés sont avérés, été acteur dans un génocide, qui fut celui des Tutsi par les Hutu, il a, d’avril à juillet 1994, pendant ces quatre mois atroces du génocide, qui déshonorent l’humanité, torturé, violé et tué des hommes, des femmes, des enfants, il a prêté la main à la politique insensée du Hutu power, lequel a mis sur pied une entreprise de génocide sans précédent au cours de laquelle 800000 et peut-être 1 million de personnes, Tutsi et Hutu hostiles au génocide, ont été assassinées de la manière la plus atroce.

L’an prochain nous commémorerons cet événement. La Licra organisera un grand colloque à l’occasion duquel il faudra se demander où nous en sommes quant à la mémoire du génocide et quant à l’établissement des faits ; mais aussi où nous en sommes quant à la dénégation de l’événement, qui a atteint en France un degré exceptionnel ; mais encore où en est la société rwandaise quant à elle-même, comment peut-on vivre, si on le peut, après une telle horreur (cette question d’ailleurs, n’est-elle pas universelle, si on considère qu’un génocide, par-delà les frontières, atteint la conscience universelle). Des historiens, des philosophes, des juristes, des littéraires et des artistes, des journalistes, des témoins, se les poseront, et la société française, qui fut impliquée malgré elle par ses politiques en 1994, commence à se les poser (l’attribution du prix Renaudot cette année au roman de Scholastique Mukasonga, Notre-Dame du Nil, est un signe magnifique). L’occasion est offerte aujourd’hui à la justice, qui commence à aller un tout petit peu plus vite (depuis vingt ans constatons qu’aucun des présumés génocidaires n’a été jugé en France, ni qu’aucun n’a été extradé) de prendre ses responsabilités. Il faut juger M. Innocent. Ou l’extrader (à cet égard, La Licra ne peut que souhaiter que la demande d’extradition soit examinée en droit, de la façon la plus scrupuleuse.) L’occasion existe donc aujourd’hui pour que nous, Français, commencions à entendre qu’il y eut le  génocide des Tutsi, et ce qu’il fut, car à l’égard d’un génocide la responsabilité de tous est engagée. Il faut que nous commencions à l’entendre, même à partir de Longvic et de Dijon, et ce sera contribuer au progrès de quelque chose de la conscience universelle.

Alain David

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