Commission Mémoire, Histoire et Droits de l’Homme

Assemblée générale 26 mai 2018
Commission Mémoire, Histoire et Droits de l’Homme

Rapport d’activité

La séance s’ouvre à 10h en présence d’une petite vingtaine de personnes dont plusieurs fréquentent régulièrement la commission.
Depuis janvier 2017, la commission s’est réunie 12 fois (en tenant compte d’une interruption entre septembre et décembre) pour des réunions qui duraient en moyenne 3 heures, se clôturant par un repas pris en commun, et qui réunissaient une moyenne d’une dizaine de personnes.

1. ) Un tour de table est fait pour recueillir des suggestions concernant la méthode de travail.

Alexandre Aimo-Boot (de Nice) suggère d’utiliser davantage la vidéo – l’objection qui tombe immédiatement est qu’il faut au préalable s’inscrire et que le véritable problème est celui de la mobilisation des volontés. Pierre Pieniek (de la Drôme) propose que chaque section désigne un correspondant de la commission : que celui-ci se déplace ou non, la commission serait ainsi en rapport avec les sections, présente dans les sections, par mail, téléphone ou tout autre moyen. Cette proposition recueille l’adhésion générale et sera soumise à Mario Stasi.

2. ) Un rapide rappel des actions menées au cours de l’année écoulée est également fait, en mettant en avant notamment les actions à caractère mémoriel :

– par exemple la mémoire déposée sur les murs des rues, le cas du lycée « Thierry Maulnier » de Nice. Thierry Maulnier, membre de l’Académie française, chroniqueur au Figaro, mais avant la guerre promoteur, à la suite de Maurras dont il fut un admirateur, d’un « antisémitisme de raison », et après la guerre sympathisant de la « nouvelle droite » du Grèce…
Ou le problème d’une rue Beltrame, la proposition qui, signée par le président Mario Stasi, avait été faite à toutes les sections, n’ayant pas recueilli à ce jour beaucoup de résultats.
Ou également l’inscription du 7 avril (génocide des Tutsi du Rwanda) et du 24 avril (génocide des Arméniens) parmi les dates préfectorales officielles de commémoration (une lettre, signée de notre président, a à nouveau été envoyée, récemment, au premier ministre et au ministre de l’intérieur, et samedi j’ai eu l’occasion d’insister auprès du Dilcrah sur l’importance que nous accordions à cela).

3. ) Mise en perspective sur l’histoire et la mémoire des thématiques de la Licra

Une grande partie de la séance par-delà les acquis de l’année et les chantiers en cours, est consacrée à la mise en perspective sur l’histoire et la mémoire des thématiques de la Licra.

a) Des thématiques traditionnelles, qui bien que traditionnelles évoluent quant à leur portée avec le temps.

> Ainsi la notion de racisme, elle-même qui désigne avant guerre, et principalement, l’antisémitisme: le racisme n’ayant que peu de visibilité dans un horizon bouché (et cependant admis par chacun) par la colonisation.

Je donne l’exemple d’un petit livre que je viens de lire, un recueil de textes de la philosophe Simone Weil, Contre le colonialisme (Payot Rivages, 2018) : ces textes écrits entre 1936 et 1943, très violents contre la colonisation, font de cette dernière un cas particulier de l’exploitation capitaliste, mais ne prononcent pas une seule fois le mot de racisme.

Pourquoi ?

Une hypothèse : Simone Weil, qui a manifestement de gros problèmes avec son judaïsme, tient à ne pas évoquer un antisémitisme qui la renverrait à elle-même, ce qui serait le cas si dans l’idiome qui est celui de l’époque elle prononçait le mot de « racisme ».

> Ainsi la notion d’antisémitisme, qui n’est plus ce qu’il a été (quelle signification avait-il, quelle signification a-t-il, dans son devenir et dans le devenir du temps ?) : elle prend aujourd’hui, dans les circonstances alarmantes que nous connaissons, une portée que notre commission s’honorerait, comme y insiste Gérard Folus (de Toulouse), dans un rapide passage qu’il fait parmi nous, à mettre en discussion.

> Ou la laïcité, qu’il serait absurde, quoi qu’on en dise, d’appréhender au début du XXIème siècle comme on le faisait en 1905 où les thématiques identitaires étaient liées à l’Etat Nation, et prenaient leur sens avant les deux guerres mondiales, avant la shoah, avant la décolonisation, avant la libération de la femme, avant la mondialisation…

b) D’autres thématiques surgissent, impensables ou irreprésentables jusqu’à la fin du XXème siècle, mais qu’il faudrait pourtant s’efforcer d’appréhender dans le contexte du devenir historique, sauf à en manquer l’impact et la portée.

C’est par exemple le cas de ce qui se développe sur internet qui correspond à ce que Michel Foucault (avec « la mort de l’homme ») ou Heidegger (« l’époque de la technique ») ont pu pressentir avant même que l’événement par lui-même ne surgisse : la disparition du sujet devenu non pas comptable de lui-même et du sens en général, comme le voulaient vingt-cinq siècles de tradition humaniste, mais modalité de l’information, et information lui-même.

La « haine » dans l’expression « hate speeches » (par exemple) n’est donc pas le fait de méchants tapis dans les arcanes de quelque plateforme mais la simple traduction (et cela quoi qu’il en soit des contenus des « discours ») du déploiement illimité de l’information : autrement dit le « discours » en lui-même (terme introduit par Foucault et qui nous revient en étant passé par les US), parce qu’il avalise la disparition de l’homme est « de haine », quoi qu’il en soit de son contenu.

On voit qu’une telle mise en perspective permet d’affiner les démarches de la Licra, de préciser les enjeux de notre combat.

c) Que faut-il faire alors ?

Nous échangeons sur ces questions.

En les orientant notamment sur ce qu’il faut faire dans cette perspective quant à l’éducation, qui est également une thématique centrale de la Licra.

Qu’est-ce que la mise en perspective historique apporte sur ce point ?

J’avance l’hypothèse que l’école est malade (ce qui n’est peut-être pas un scoop), mais malade de l’information : non qu’il y ait trop d’information (il n’y en a jamais trop, et il faut toujours préciser et rectifier le savoir), mais parce que l’information en elle-même occulte l’essentiel, qui est la donation de l’identité (une identité consistant en la possibilité de s’ouvrir un avenir et par là-même un passé). On se trouve alors (à suivre Foucault ou Heidegger) dans la situation que redoutaient le plus les Grecs, celle qu’ils caractérisaient par le mot apeiron, l’illimité, mais maintenant, et pas comme pour eux, l’illimité exposée non dans la modalité de la tragédie mais dans celle de la mondialisation.

Par rapport à cela l’enjeu serait de faire surgir le point d’arrêt autour duquel se constitue l’homme dans sa mesure et sa responsabilité. Avoir rapport alors à un point radicalement extérieur, ce Dehors qui est en même temps une limite et qui instaure une responsabilité cela définit le récit (ce qui nous renvoie aux oeuvres de Maurice Blanchot et d’Emmanuel Levinas). Le miracle du récit est que celui qui s’y livre s’identifie, dans sa langue, à ce qui radicalement est tout autre, avec quoi il n’a nul rapport (et qu’il n’ait nul rapport à cela est d’ailleurs la condition du récit, sa merveille).
Ainsi en va-t-il de ce que l’on donne comme la plus belle phrase de la langue française: « c’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar ». Ces mots, aussi exotiques soient-ils, vont constituer le registre prochain de l’identité du lecteur qui consentant à eux, pour peu qu’il y consente, découvre au fond de soi le régime d’une identité qui est la sienne mais qui est faite de part en part d’altérité. L’éducation se découvre ainsi comme l’apprentissage de la lecture, et pour nous, Licra, comme un story telling, la mise en perspective de nos thématiques sur le récit.

4. ) Le séminaire du 24 mai 2018 au siège

Une partie de la commission a été consacrée à l’événement du 24 mai à la Licra, le séminaire interne, pendant trois heures exaltantes vécues en compagnie de 8 chercheurs,/témoins/militants, engagés sur la cause du génocide des Tutsi du Rwanda : Guillaume Ancel, Géraud de la Pradelle, Patrick de Saint-Exupéry, Annie Faure, Aymeric Givord, François Graner, Marcel Kabanda, Rafaëlle Maison.

Des perspectives y ont été ouvertes, notre engagement sur et par le droit, la possibilité de l’écriture d’un livre, le projet d’un colloque à Lyon avant la fin de l’année… Mais surtout, autour du livre de Guillaume Ancel, de Guillaume Ancel lui-même, des personnalités rassemblées, une humanité élevée au-dessus de l’humanité habituelle qui est la nôtre, au contact de la mémoire de l’Impossible, de ce « coeur des ténèbres » (selon le mot de Joseph Conrad, l’extraordinaire écrivain du début du XXème, qui dans sa nouvelle Au coeur des ténèbres, ramène littérairement l’Afrique au centre de l’Europe, nouvelle transposée au Viet-Nam par Coppola avec Apocalypse now) dont nous apprenons grâce à eux que nous le portons en nous, comme l’intimité plus intime évoquée par cet autre Africain que fut saint Augustin (intimior intimo meo, « plus intime que l’intimité »).

5.) Un colloque sur l’esclavage

Un dernier point aura été l’évocation d’un projet de colloque sur l’esclavage, en entendant (à nouveau dans la même perspective de rendre aux thématiques de la Licra une dimension qui est celle de leur épaisseur historique) autour de l’histoire de l’esclavage quelque chose de cet intimité qui reste un innommé de notre temps (cf la note en annexe).

Amitiés à tous

Au moment où j’écris ces lignes Marcel Kabanda m’informe d’une nouvelle version des mésaventures de la Mémoire historique : le président Macron se propose de valoriser ou rénover un certain nombre de lieux mémoriels qui honorent la France, parmi lesquels se trouve la maison de Pierre Loti. Pierre Loti, homme de l’exotisme, auteur de Pêcheurs d’Islande. Mais auteur aussi de textes d’une grande violence, contre les Juifs, et pour faire bon poids, contre les Arméniens. Affaire à suivre.

 

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